CLAIRE LAFFUT

Claire laffut

Il y a chez Claire Laffut cette évidence de l’enfance. Une façon d’annoncer la couleur avec un mélange de gravité et d’espièglerie. Ce sera donc le bleu – l’exacte nuance des débutants, en amour et en musique ; la carnation incontestée des ecchymoses sur la peau, le cœur, l’âme ; la teinte parfaite de la mer, celle de ses tableaux grandeur nature qu’elle peint d’un geste délié, sans contraintes et dans lesquels il ne lui déplaît pas de vivre. Un bleu qui la suit depuis longtemps, elle n’y avait pas songé, pas vraiment, mais il s’est imposé sur ce premier album ainsi colorié. Voilà pourquoi Claire a trempé ses cheveux dans un bain de la même palette, histoire d’être raccord, dedans comme dehors, au cas où nous ne l’aurions pas remarqué.

Il y a chez Claire Laffut une part de mystère qui prend naissance dans ses yeux de chat, ses rêves brisés de danseuse classique, ses racines belges. Elle a grandi ensauvagée à la campagne, à Moustier-Sur-Sambre, 1, 2, 3, soleil. Puis gentiment poussée dans le dos, elle a découvert le piano, le solfège, le dessin, le théâtre, merci maman. Elle est passée par la case Bruxelles et des études de graphisme non terminées – « j’étais un cancre ». Puis elle a fui à Paris, elle avait à peine 19 ans, c’était sa façon de se mettre en danger, de convoquer la liberté. Elle y fut comme une enfant dans la jungle, émerveillée.

Et puis la musique s’est invitée dans sa vie. Il a suffi d’un moment de bohème, d’un studio et d’un micro ouvert, d’une improvisation les yeux fermés, révélation. « Le ciel m’est tombé sur la tête », l’accident est heureux. Elle en a tremblé, elle s’en souvient. Alors Claire Laffut n’a plus cessé de chanter, d’écrire, de faire rimer les mots et s’envoler les mélodies. Elle a d’abord accouplé les phrases en Anglais, le Français lui semblait un peu « vieillot », elle en est revenue. Elle en est désormais « amoureuse ». Elle sait mieux que personne que sa langue maternelle lui permet de se dire au plus près – peindre l’intime sans jamais dévoiler les énigmes. Il faut lire entre les lignes, entre les signes. Et ne pas hésiter à se plonger dans ses toiles oniriques qu’elle crée de concert, dans lesquelles elle se perd pour mieux se trouver – c’est là son secret.

Depuis, Claire Laffut fait de la pop française, sans stratégie aucune, le choix est organique, la voie naturelle. Elle y glisse élégamment des influences de world music. Ses envies vagabondent du côté du dansant, du vivant, du pas trop parfait, elle aime ça. Ses références s’ancrent dans la musique de Lizzy Mercier Descloux, elle se demande comme elle où sont passées les gazelles. Ses textes chuchotent ses peurs, ses vertiges, ses audaces. Ne taisent pas ses désillusions ni les guerres menées tambour battant, le front haut. S’arriment à des moments de fulgurance, une rencontre dans un bar, d’étranges mélanges. « Je chante, dit-elle, parce que j’ai l’impression de trouver des vérités dans les notes, les mélodies, les mots et que cela me fait du bien. Comme si c’était de petits états d’âme dont je voulais me souvenir… »

Forte de son premier EP Mojo (automne 2019) et des singles composés dans la foulée, Claire Laffut est montée sur scène, s’est frottée au public des festivals, avec joie et succès, et a nourri la complicité enchantée qui la lie à la photographe Charlotte Abramow. A peine adolescentes, elles s’étaient rencontrées quand elles vivaient toutes les deux près de Bruxelles, la première avait posé devant l’objectif de la deuxième, qui ne s’était pas fait prier pour la maquiller allègrement et la shooter à sa façon, si singulière. Ce n’est donc pas un hasard si les images de Bleu porte la signature de Charlotte – « elle m’a construite », reconnaît Claire.

Accompagnée par Yseult (Nudes), épaulée tour à tour par Tristan Salvati, Gaspard Murphy et Pierre Juarez, Claire Laffut, telle une elfe sensible, est entrée dans le grand bleu, pour mieux le partager.

Anne-Françoise Moyson

© Charlotte Abramow

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